Témoignage.barre

 

 Accueil

Biographie de Freinet

Témoignage après Freinet

L'aventure documentaire

Psychologie 

Itinéraire

 

 

 

 

 

 
 

Observations et Réflexions

sur la psychologie des enfants 

Michel Barré

Ayant retrouvé plusieurs de mes écrits (publiés ou inédits) sur le comportement psychologique des enfants, j'ai décidé de les réunir en les remaniant et en les articulant entre eux, car la simple juxtaposition est moins éclairante que la synthèse.

Dès les années 50, au cours de longues conversations avec Freinet, celui-ci m'avait incité à étudier les effets thérapeutiques de sa pédagogie. Mais je n'avais pas alors l'expérience éducative nécessaire pour analyser sérieusement les incontestables changements de comportement que nous observions chez certains enfants de l'école Freinet, arrivés à Vence après un parcours chaotique et souvent conflictuel à travers écoles, pensionnats, voire établissements spécialisés pour jeunes caractériels.

Dans les quinze années qui suivirent, mon expérience s'approfondit, notamment dans les classes de perfectionnement dont j'eus la responsabilité au Havre et à Rouen. En revanche, la charge de ma famille avec quatre enfants, s'ajoutant au travail professionnel et au militantisme, me laissait rarement le temps et le recul nécessaires à l'analyse de ce que j'observais au cours de l'action éducative. Néanmoins, je prenais des notes, recueillais les séries de textes libres de mes élèves et lisais beaucoup d'ouvrages et d'articles de psychologie, non par souci d'érudition mais pour m'aider à comprendre afin d'agir plus efficacement. Il ne s'agissait pas pour moi de plaquer des grilles d'analyse préétablies, si estimables soient-elles, plutôt d'enrichir une panoplie d'outils conceptuels divers permettant de mieux comprendre les phénomènes que j'observais.

Un exemple illustre ma démarche. Deux frères de 9 et 10 ans, en retard scolaire important, arrivèrent un jour dans ma classe. Selon mon habitude, je tentais de les déconditionner par rapport à leurs échecs précédents. Tandis que le plus jeune changeait rapidement de comportement, l'aîné me déconcertait par sa manie de copier et de tricher alors qu'aucun climat de sanction ne pesait sur lui. C'est un texte d'Alfred Adler qui m'apporta l'éclairage nécessaire : au sentiment d'infériorité provoqué par un échec scolaire prolongé s'ajoutait la rivalité fraternelle, l'aîné ne pouvant supporter de ne pas réussir mieux et plus vite que son cadet. Cet éclairage m'amena à diversifier mes incitations éducatives pour que les deux frères ne puissent comparer sans cesse leurs résultats et, effectivement, l'aîné cessa de tricher pour réussir par lui-même. Ni la psychologie génétique de Piaget, ni la psychanalyse freudienne n'auraient suffi à m'apporter les clés permettant d'analyser et de modifier mon action éducative.

Après la mort de Freinet, j'eus le regret de n'avoir pas accompli plus tôt la recherche qu'il souhaitait sur les aspects thérapeutiques de sa pédagogie et ce fut mon premier essai de synthèse en 1967. Par la suite, notamment sous l'incitation de René Laffitte, alors animateur de la commission Connaissance de l'enfant, j'écrivis plusieurs textes sur le tâtonnement expérimental, sur la relation d'aide, ainsi que des monographies d'enfants dont certaines ne furent jamais publiées.

Relisant tous ces documents, je m'aperçois que certaines de mes interventions auprès des enfants furent aussi bénignes que si l'on retire, de la bouche d'un petit, la dent de lait qui va tomber. Nul ne songerait pour cela à l'envoyer chez le dentiste ; il suffit seulement d'agir avec les mains propres (ce qui n'est pas toujours le cas de l'enfant lui-même quand il sent sa dent bouger). Dans d'autres circonstances, j'ai conscience d'avoir outrepassé ma responsabilité de simple enseignant, ce ne fut pourtant jamais délibéré. Chaque fois que j'ai senti que le problème dépassait mes capacités ordinaires, j'ai tenté d'adresser l'enfant à des gens plus compétents. Dans certains cas j'y parvins, comme avec Françoise Dolto (dans le cas d'Hervé). Mais souvent aussi les services compétents étaient débordés (notre psychologue scolaire couvrait toute l'agglomération, le service d'hygiène mentale donnait des rendez-vous avec un délai de 3 ou 4 mois), parfois des spécialistes eux-mêmes ne percevaient pas le vrai problème (voir les cas de Bernard et de Christophe). Dans toutes ces situations, il me fallait bien faire face, ayant pour seul objectif d'éviter aux enfants des conséquences plus graves.

J'ai retranscrit des faits en tentant d'analyser comment et pourquoi ils avaient pu évoluer ainsi. Dans l'hypothèse où quelques lecteurs pourraient y trouver encore un intérêt, en les lisant d'un oil critique avec le recul historique (car j'ai quitté ma classe en 1967 pour travailler au siège de l'ICEM), j'ai décidé de réunir ces textes, de les compléter, de les articuler entre eux.

Je me suis livré à cette synthèse de divers textes parce que, frustré par le manque de réactions, même et surtout de critiques, je garde l'espoir qu'ils susciteront peut-être un jour des observations et des recherches allant plus loin. Que personne n'hésite à piétiner ces plates-bandes si c'est pour les prendre comme tremplin.

On trouvera dans cet ensemble :

- Aspects thérapeutiques de la pédagogie Freinet

- Dossiers de cas d'enfants

- Contre l'énurésie

- Réflexions sur le tâtonnement expérimental

 

Haut de page

 

 

 

© Tous droits réservés